Justine, fille d'éleveur, ne baisse pas les bras face aux épizooties
Des futurs éleveurs ont manifesté leur inquiétude pour l’avenir de leur profession, quand la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est apparue dans l’Hexagone. La France Agricole s’est rendue au lycée agricole des Sicaudières à Bressuire (Deux-Sèvres), à la rencontre de Justine Bodin, 20 ans, élève en licence pro en conseil, valorisation et commercialisation des animaux d’élevage.
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Crise de la vache folle, fièvre catarrhale ovine (FCO) ou encore maladie hémorragique épizootique (MHE)… La dermatose nodulaire contagieuse (DNC), est-elle la maladie de trop pour les futurs éleveurs ? C’est la question qu’a posée La France Agricole à Justine Bodin, 20 ans, étudiante, élève du lycée agricole des Sicaudières de Bressuire (Deux-Sèvres). Pour cette fille d’éleveur, en licence pro en conseil, valorisation et commercialisation des animaux d’élevage, il est hors de question de baisser les bras.
« On se pose forcément des questions »
Justine Bodin voulait tout d’abord devenir infirmière. Mais, très vite, elle s’est intéressée au travail de son père et des autres générations qui l’ont précédée. Actuellement, en apprentissage auprès de la coopérative Terrena, à l’avenir, la jeune femme hésite encore entre travailler dans la commercialisation de bovins ou devenir éleveuse. Aujourd’hui avec la multiplication des épizooties, dans son secteur professionnel, des doutes persistent. « On se pose forcément des questions par rapport à l’avenir de l’élevage car tous les ans il y a de nouvelles maladies donc il faut les affronter comme on peut », évoque-t-elle.
« Ce qui va être vrai au début de leur carrière ne le sera peut-être plus au bout de 10 ou 20 ans »
Si le territoire de Justine Bodin a été épargné par la DNC, des informations, souvent fausses, circulent vite sur internet ou sur les réseaux sociaux. Seule ou avec ses camarades de classe, l’étudiante tente d’être vigilante. « Je pense qu’il faut s’informer car on voit beaucoup de choses. Il faut un peu trier ce qu’on voit et ce qui est la réalité », considère-t-elle.
Dans son établissement scolaire, les enseignants tentent d’apporter des informations fiables aux élèves afin qu’ils puissent prendre du recul sur les maladies animales comme la DNC. Nadia Leblan-Falzone, formatrice en zootechnie au lycée des Sicaudières, accompagne ses élèves et répond à leurs doutes et leurs interrogations. « Ce qui est important pour eux c’est de faire la part des choses. En tant que formateur, on doit être capable de leur amener les éléments qu’on va appeler “scientifiques” pour qu’ils puissent juger de la complexité de la gestion de ce type de pathologie », affirme-t-elle.
Selon l’enseignante, former des professionnels de l’élevage aujourd’hui, c’est les préparer à l’incertitude. « Ce qui va être vrai au début de leur carrière ne le sera peut-être plus au bout de 10 ou 20 ans. C’est cette vraie accélération qu’ils ont à gérer, argumente-t-elle. Notre challenge c’est de leur apprendre à s’adapter. Ils doivent avoir des bases pour savoir comment ça fonctionne. »
Changement climatique, gestion de l’eau, nouvelles pathologies… Le métier des futurs éleveurs évolue. « Ils sont dans l’obligation de repenser le métier d’éleveur en prenant en compte l’actualité. Notre job, c’est leur donner les moyens, les clefs pour avoir la possibilité de s’adapter », insiste Nadia Leblanc-Falzone. Selon elle, au début de la crise de la DNC, du côté des élèves, « il y avait d’importants points d’incompréhension sur la pathogénie de la maladie ».
« Du jour au lendemain, ils peuvent perdre ce à quoi ils ont toujours rêvé »
Ainsi, c’est dans ce contexte qu’en décembre dernier le lycée des Sicaudières a convié Alice Jardin, responsable du service sanitaire du Groupement de défense sanitaire (GDS) des Deux-Sèvres, afin d’animer une conférence sur la DNC. Le temps de son intervention, la scientifique de formation a pu démêler le vrai du faux avec les élèves. « Les jeunes avaient beaucoup de questions, j’ai tenté de les rassurer », indique la salariée du GDS. Selon elle, une partie des élèves qu’elle a rencontrés craint la mise en péril de leurs projets d’installations. « Du jour au lendemain, ils peuvent perdre ce à quoi ils ont toujours rêvé », ajoute-t-elle.
Nadia Leblanc-Falzone explique qu’elle a fait intervenir Alice Jardin afin de faire prendre conscience aux élèves de son établissement qu’ils ne sont pas que de futurs agriculteurs, « ils sont surtout les citoyens de demain ».
« Il faut garder espoir »
À Saint-Sauveur, non loin du lycée de Bressuire, Nicolas Bodin, éleveur de vaches allaitantes et père de Justine, est en train balayer la paille dans la stabulation. Lui aussi a connu des crises sanitaires. « Chaque génération a eu ses problèmes. Je pense que même si la dermatose contraint à pas mal de choses, on arrivera à la surpasser. Des jeunes comme ma fille vont y arriver, témoigne-t-il. Il faut garder espoir, il n’y a pas de raison que ça n’aille pas. »
Malgré les difficultés du métier, Nicolas croit en sa fille. « Elle est motivée, elle la niaque pour s’en sortir, elle nous a toujours suivis sur l’exploitation dès qu’on avait besoin, raconte-t-il. Elle a vu les problèmes qu’on avait au fil des saisons comme les vêlages ou les maladies. »
D’après le baromètre de l’élevage d’Innoval, publié en juin 2025, 60 % des éleveurs interrogés sont optimistes pour l’avenir de leur profession. Pour Justine, pas question de subir. Il faut chercher des solutions. « La chose qu’il faut faire c’est avancer et voir ce que le GDS et l’État peuvent mettre en place pour aider les agriculteurs à faire face à cette crise sanitaire, explique-t-elle. Plus tard si on a envie de s’installer, on écoutera les conseils au niveau sanitaire. Par exemple, il y a des vaccins qui seront sortis, je pense à la FCO, peut-être que pour la DNC les vaccins vont se généraliser. »
Bien que des doutes persistent, chez Justine la motivation reste intacte. « C’est ma passion, je me lève le matin, j’adore les animaux. Je pense que c’est pareil pour mes camarades de classe. C’est super important pour nous de rester là-dedans et de pouvoir transmettre plus tard cette même passion. »
Si en 2025 la DNC a touché l’élevage français, d’autres maladies feront sans doute leur apparition. Pour l’heure, dans l’exploitation familiale des Bodin, une chose résiste : la passion d’une jeune femme comme Justine qui refuse de se détourner de son métier.
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